Fabio Calvetti

UDA - 185 Fabio Calvetti

Entrevue avec un Maître toscan

Fabio Calvetti est né en 1956 à Certaldo, commune sise aux confins du Florentin et du Siennois. Le bourg médiéval qui la domine a vu naître et mourir le Boccace et, après sept siècles, semble toujours guetter de ses murailles les tours de San Gimignano, sa sœur rivale visible à l’horizon. Avec ses atmosphères sensuelles de nuits blanches urbaines, Fabio Calvetti a su séduire un large public en Europe mais aussi et surtout aux Etats-Unis où naquit sa carrière, et en Asie orientale qui reconnait en lui un exceptionnel conteur d’émotions modernes.
Invité par la cité de Volterra dans les plus belles salles de son Palais des Prieurs pour une exposition d’envergure – résultat d’une politique culturelle véritablement efficiente dont nombre d’élus de France feraient bien de s’inspirer –, le maestro peut aujourd’hui faire le point sur son parcours qui inspire déjà de nombreux jeunes artistes. Fabio

Thibaud Josset : Que signifie pour vous être un artiste aujourd’hui ?
Fabio Calvetti : Il est nécessaire de prendre conscience qu’en ces temps étranges que nous vivons, l’art a une importance. Dans une époque qui se distingue par ses tensions, ses guerres, le terrorisme et la prévalence du pouvoir économique, il est indispensable de donner plus d’écho à la voix artistique. Aujourd’hui plus que jamais, l’artiste, avec son langage universel, doit être capable de promouvoir un dialogue et d’aider à surmonter barrières et préjugés. L’action culturelle de l’artiste est essentielle pour interpréter un siècle qui introduit de nouvelles questions philosophiques et existentielles.
T.J. : Pourquoi choisir de créer avec la peinture et pas avec un autre mode d’expression permis par la modernité ?
F.C. : Dans le vortex d’accélération généré par la globalisation et les technologies de l’information, l’art contemporain a vu l’irruption de nouvelles questions liées à l’usage de techniques et de modes d’expression non conventionnels, souvent riches d’excès et de provocations. Langages nouveaux et anciens cohabitent comme dans une tour de Babel planétaire. Dans ce contexte, je me sens comme un peintre appartenant au siècle en cours, qui travaille et se confronte à un millénaire où les références se complexifient. Ma préoccupation est de faire perdurer un engagement éthique fait de sincérité et de recherche. Dans la peinture, je cherche depuis toujours à produire un dialogue ouvert. Mes œuvres ne sont pas des récits évidents mais des histoires à déchiffrer à travers ce qui se voit et ce qui se cache derrière les symboles et les couleurs. Afin de rendre plus actuelles et profondes ces histoires, j’aime introduire dans mes compositions des éléments tirés de la vie réelle comme de vieilles lettres et documents historiques, des tissus, des métaux… propres à unir ma vision picturale au vécu contemporain.
T.J. : Comment apprendre à peindre ?
F.C. : L’apprentissage de la peinture est un processus compliqué, avant tout individuel et non codifiable. Peindre, comme écrire ou jouer de la musique, a une valeur abstraite et ses multiples déclinaisons peuvent amener à des résultats divers voire opposés. Si la technique picturale est importante, elle doit surtout être mise au service d’une idée, d’un projet, d’une urgence expressive;
T.J. : Quelle fonction donner aux écoles d’art ?
F.C. : Pouvoir s’exprimer dans l’art découle d’un cheminement personnel. Les écoles jouent un rôle important, de grande responsabilité puisqu’elles ont pour tâche de former les futurs opérateurs de la culture, mais il leur est impossible de fournir à leurs étudiants une quelconque solution pour parvenir à l’expression. L’école est utile car chaque année passée en son sein favorise l’immersion dans un creuset de continuelle confrontation à autrui et à ses propres limites, préparant à de futures expériences. Un petit conseil que je donne aux jeunes est de se demander avec honnêteté s’ils ont réellement quelque chose à dire, et la volonté suffisante pour le dire.
T.J. : Dans votre cas, quelles ont été les principales étapes de votre formation ?
F.C. : A bien y penser, ma formation a été beaucoup trop linéaire : lycée artistique puis Académie des Beauxarts de Florence, suivis d’une période – peut-être la plus importante – durant laquelle j’ai expérimenté seul divers modes jusqu’à trouver un point de départ intéressant et équilibré entre forme et contenu. Par la suite, j’ai commencé à exposer, essentiellement à l’étranger car en Italie les galeries préfèrent miser sur les artistes commercialement confirmés plutôt que sur les jeunes. Ce périple à l’international m’a été utile pour comprendre ce qui se trouve dans les coulisses de cette profession et pour construire l’estime de soi nécessaire pour faire face aux moments difficiles. Si avec le recul je me sens satisfait de ce parcours, je n’en vis pas moins avec la tension permanente que tout créateur se doit de maintenir. Il nous incombe éthiquement de remettre chaque jour en question le résultat acquis pour aller à la rencontre de nouveaux défis.
T.J. : Quel est votre processus de création en atelier ?
F.C. : J’aimerais d’abord mettre à bas le lieu commun qui veut que l’artiste travaille à l’inspiration. La peinture est exigence, discipline quotidienne et requiert concentration monde réel. Pour cela je fais tous les jours une pause sportive et, le soir, je rentre chez moi à la campagne pour me réjouir de la nature et du passage des saisons.
Votre œuvre picturale préférée ?
En dehors des périodes classiques et modernes, je dirais que l’œuvre intitulée Nighthawk d’Edward Hopper a eu une grande influence sur mes premiers travaux.
Une œuvre musicale qui vous inspire ?
J’entretiens avec la musique un rapport quelque peu schizophrène. Il s’agit d’une toile de fond qui m’accompagne continuellement au travail, mais elle n’a aucune cohérence. Sans avoir de règle précise, j’aime écouter le matin la musique de Ludovico Einaudi. L’après-midi, ce peuvent être de grands auteurs-compositeurs italiens ou des monuments internationaux comme Eric Clapton ou Mark Knopfler. Plus tard, j’aime les cafés italiens animés d’une pointe musicale populaire qui peut très bien consister en du David Guetta…
La période artistique que vous auriez voulu vivre ?
Je suis toujours resté attiré par le Rinascimento. Il m’apparaît fabuleux de penser qu’à Florence, en ce temps et dans ces rues, il aurait été possible de croiser Leonardo da Vinci, Michelangelo Buonarroti, Botticelli, Filippo Lippi, Beato Angelico, Masaccio, Donatello, Paolo Uccello et Andrea del Castagno !
Qu’auriez vous fait si vous n’aviez pas été peintre ?
Je me le demande parfois et je n’ai pas de réponse. Mais en pensant à mon envie d’avoir un contact avec les gens et de raconter des histoires, je me serais peut-être confronté d’une manière ou d’une autre avec la littérature ou avec le cinéma.
Une devise à transmettre ?
Elle est facile car mon compatriote Roberto Benigni l’a déjà dit pour nous : « La vie est belle ! »