Luc Dartois

UDA - 182 Luc Dartois

Relief en lumières d'ombre

Si les lieux sont reconnaissables, ils s'estompent en territoires intérieurs sous l'oeil du peintre. Le nôtre plonge alors dans les brumes ouatées où se superposent des sensations fantasmagoriques. Elles semblent habitées par l'empreinte mystérieuse des hommes, au fil des siècles. En autodidacte opiniâtrement précis et talentueux, Luc Dartois travaille chacune de ses oeuvres sans compter. Il cisèle le noir et le blanc comme l'orfèvre, jusqu'à atteindre le précieux reflet de l’âme d'un diamant.

Univers des Arts : Dès le premier regard, on découvre dans vos tableaux des techniques et des matériaux inhabituels en peinture.
Luc Dartois : Plasticien, je revendique pourtant avant tout la qualité de peintre. Je privilégie les noirs et les blancs et ma recherche principale est d'amener, par leurs contrastes, la couleur suprême : la lumière. Je la travaille sous toutes les formes possibles et je structure mes sujets en fixant sur la toile des éléments architecturés qui suggèrent un effet tridimensionnel. J'utilise certaines techniques de maquettisme avec tous types de matériaux, sans limitation: balsa, ciment, pierres, écorces d'arbre, résine... et aussi des matières organiques comme, par exemple des nervures de feuilles de chou incrustées dans la texture de mes menhirs.
U.D.A. : Les matières ne sont pas utilisées sous leur forme brute.
L. D. : Il y a autant de techniques qu'il y a de matières. Chaque matière est travaillée et mise en forme pour être intégrée dans une composition. Pour créer des effets nuagés, je me sers aussi de cotons retravaillés et incrustés dans la masse. Je me sert aussi de pigments extrêmement fins qui n'empâtent pas les textures. Les pigments sont une matière parmi d'autres.
U.D.A. : Pour certaines matières organiques, en particulier, ne craignez-vous pas une dégradation au fil du temps ?
L. D. : Mes premières créations datent de 1991 et je n'ai jamais eu à constater de dégradation depuis. Les matériaux sont fixés dans la peinture et l'ensemble est protégé sous verre ou plexiglas.
U.D.A. : Chaque oeuvre correspond à un travail de longue haleine et requiert une préparation très méticuleuse.
L. D. : Il vaut mieux ne pas avoir la main qui tremble. Il faut souvent reprendre. Le dosage et la répartition de la lumière sont un travail aussi délicat que celui d'un ingénieur du son. Dès que l'on touche à quelque chose, cela se propage au reste de la composition. Pourtant, « Au bout de la patience, il y a le ciel », assure un proverbe africain. Pour réaliser mon tableau N.D. De Paris, il m'a fallu deux ans d’investigations.
U.D.A. : Plus vous recourez à de procédés qui accusent le réalisme de la composition, paradoxalement plus on ressent un climat d'un insaisissable surréalisme « passe-muraille ».
L. D. : J'essaie d'entraîner moi-même d'abord et les futurs spectateurs ensuite à passer de l'autre côté du miroir. En décrivant des lieux et des paysages insolites souvent déjà ressentis dans mon enfance, je construis une atmosphère fortement chargée d'émotions et propose un monde identifiable mais présenté sous un angle inattendu. A l'instar de Kandinsky, mon exploration introduit une dimension spirituelle. Sous les brumes de la nuit, de la pluie ou de la neige, j'essaie de capter la subtilité générée par un cliché d'un Brassaï ou d'un Simon Marsden où par une encre marine de Victor Hugo à Guernesey.
U.D.A. : Quand vous commencez une oeuvre, savezvous d'avance ce que vous allez obtenir ?
L. D. : J'ai surtout en tête le sentiment que je veux faire passer sur la toile. Le sujet en est le support. Il y a une grande part d'inconnu au travers de l'eau et ses reflets et les ciels et l'univers tellurique. Cette symbiose espérée est impalpable et difficile à saisir sous les contrastes. Comme le pêcheur de lune, chaque fois, je tente de capter une parcelle d'émotion fantastique.