Frédéric Latrace

Latrace - Paris, Bd de la Chapelle, huile sur toile, 100 x 73 cm

Réel...

Il est des artistes qui, bien que reconnus par les initiés pour la qualité de leur travail et leur longévité dans le métier, ne se trouvent pas publiquement élevés au rang qui leur revient. Frédéric Latrace en fait partie.
 

Frédéric Latrace est un parisien dans l’âme. Un urbain viscéral qui a passé sa vie à arpenter fi évreusement les méandres de la Capitale et de ses abords, dans sa vie d’artiste comme dans sa vie d’homme. Les tréfonds et les splendeurs de l’urbain n’ont que peu de secrets pour lui. Il les connaît en tant qu’habitant, que visiteur, travailleur, amant et peintre : sous tous leurs aspects et, plus important que tout, dans leur réalité la plus complète, allant de l’apparente fl amboyance touristique à la crasse insoupçonnée des friches industrielles. Point de complaisance dans son regard, ni d’admiration béate. Celui-ci est vrai, tout entier, comme la ville qu’il vit et qu’il voit.

Souvent présenté comme un peintre réaliste à la sensibilité expressionniste, Frédéric Latrace a connu le succès critique et commercial avant même ses vingt ans. Dans les années 1960, il est remarqué au sein du mouvement de la « jeune peinture » né de l’après-guerre. Son maître Mario Faustino- Lafétat reconnaît en lui un talent pur porté par une capacité de travail et d’abnégation hors-du-commun. De manière fulgurante, les galeries parisiennes lui ouvrent leurs portes. Dès lors, sa course de quarante années dans le monde de la peinture est jalonnée de prises de décisions motivées par la soif de liberté, d’indépendance et d’intégrité. Jamais il ne s’est laissé aller aux facilités des systèmes acquis et rôdés, tant dans sa manière de produire sa peinture que dans sa façon de la montrer, de la vendre.

Très diversifi é dans ses thèmes, il s’attaque aussi bien à la ville qu’aux ports, aux zones industrielles, aux marines et paysages exotiques… dans lesquels on retrouve à chaque fois son amour pour les infi nies variations du ciel immense, universellement changeant. D’un point de vue stylistique, Frédéric Latrace est issu d’une école techniquement irréprochable. Son dessin, indispensable squelette de ses architectures, évoque un savoir-faire antique et méticuleux. Mais ce qui fait sa véritable force est sa capacité à adapter son langage pictural à son sujet, sachant ainsi plier matières et matériaux à l’exigence farouche d’une toile unique et vivante, et non l’inverse. Il ne travaille pourtant qu’à l’huile. Sa manière de peindre un polder hollandais n’est en rien comparable à celle qu’il met au service d’une baie du Brésil. On ne peut cependant pas douter un seul instant que la même main en possède la paternité. Frédéric Latrace est un peintre comme on en croise trop rarement de nos jours. Sans doute l’un des meilleurs paysagistes de sa génération encore en activité.