Jacques Léonard

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Foule à Jodhpur, 150 x 200 cm

Entre rêve et réalité

Pour sa première exposition, organisée par Artlux, la Galerie d’art contemporain AAAA a choisi d’exposer des oeuvres du peintre Jacques Léonard. Artiste connu et reconnu dans le panorama de l’art actuel, ses nombreuses expositions, en France comme à l’étranger, lui ont permis d’obtenir de nombreux prix et récompenses, et d’entrer dans les collections de plusieurs musées.

Grand voyageur, Jacques Léonard a parcouru le monde et en a rapporté de nombreux souvenirs qu’il transpose sur la toile au gré de son imagination et des visions éphémères qui l’ont touchées. La force de ce peintre est très certainement sa puissante inventivité. En effet à partir d’un paysage ou d’une situation, il sait construire une composition où s’entremêlent animaux, personnages, plantes et arbres exotiques. Dans des bas-reliefs réinventés, on devine des visages rappelant les statues des temples et les processions admirées en Inde ou en Indonésie. Il y a une vraie spiritualité dans l’oeuvre peint de Jacques Léonard ; non pas une spiritualité prosélyte et contraignante qui impose, mais une façon de suggérer en montrant à l’aide de symboles ou de scènes parlantes un cheminement qui intéresse tous ceux qui pensent à leur devenir.
Et si l’on n’oublie pas pour autant les oeuvres plus anciennes qui sublimaient les paysages de Normandie et les grands espaces d’Amérique du nord et du sud, Léonard en se nourrissant de nouvelles approches a pu mettre en scène des foules mystiques devant des colosses de pierre ou se reposant devant les murailles de Jodhpur. D’autres fois, il invente l’Eléphant aux chimères qui nous emmène dans un univers aux raccourcis symboliques et nous oblige à regarder derrière le miroir. Car dans les toiles de Jacques Léonard, il y a toujours quelque chose à découvrir, à comprendre, à s’approprier.
Chaque détail, chaque objet, chaque situation ont leur importance et sont des marches permettant d’aller plus haut dans un questionnement devant dépasser la simple anecdote. Ainsi par exemple, les arbres qui interviennent d’une façon récurrente dans beaucoup de ses oeuvres, je pense particulièrement aux toiles L’Arbre qui chante ou L’Arbre en fuite, sont peints comme des personnages et mis en scène théâtralement grâce à la créativité fulgurante de l’artiste. Entre rêve et réalité, Jacques Léonard n’en finit pas de nous émerveiller, au sens étymologique du mot, et nous apporte d’une manière amicale la redécouverte de paysages ou d’éléments que l’on croyait connaître. Cela je le tiens de collectionneurs ayant voyagé dans les mêmes pays que l’artiste et qui, pourtant, reconnaissent avoir été spirituellement « complétés » par les oeuvres de ce guide particulier trop discret : lorsque certains voient la matérialité qui les entoure, le peintre voit les âmes et les fantômes, les dieux et les servants, les secrets et les mystères... C’est pour cela que les amateurs d’art qui le suivent souvent depuis de nombreuses années n’en finissent pas de rechercher la toile manquante dans ce puzzle initiatique.
Jouant avec les valeurs et les nuances, les ombres et les lumières, cet artiste difficilement classable poursuit un cheminement qui l’entraine à travers les collines et les montagnes, les fleuves et les mers, les paysages exubérants ou désertiques, à la recherche de l’essentiel. Au-delà de la simple tranche de vie quotidienne il nous convie à entrer dans une éternité qui est bien manifestée par le tableau intitulé Le long du Gange où l’on aperçoit des pèlerins sur un embarcadère venus se ressourcer dans ce fleuve sacré et retrouver ainsi l’innocence qui les aidera à vivre le futur. Pour Jacques Léonard la vie n’est pas seulement un parcours insouciant mais bien plutôt un combat avec des forces qui nous dépassent mais qui par une certaine démarche peuvent être dominées. L’art n’est-il pas un moyen permettant le changement d’état et une transformation efficace ?
Jacques Léonard me fait penser à ces chercheurs d’absolu qui infatigablement s’acharnent à nous délivrer des messages sibyllins à découvrir, comme dans une chasse aux trésors. Une exposition indispensable.