Paul Maulpoix

Paul Maulpoix

L’expression de la vie


 

Paul Maulpoix va exposer en cette rentrée dans deux endroits de prestige : tout d’abord au Centre Culturel Ipoustéguy, à Dunsur- Meuse. Ce centre culturel est depuis un an un musée consacré aux oeuvres du grand sculpteur Ipoustéguy, grâce à la collaboration de la famille de l’artiste, mais il est aussi un endroit d’expositions ponctuelles. Ainsi tous les ans, à l’occasion du festival, une dizaine d’artistes, peintres et sculpteurs se réunissent autour d’un thème. L’année dernière il s’agissait de « la femme » dans tous ses états et apparences, avec comme marraine de l’évènement la championne de natation Kiki Caron; cette année, le thème est « l’homme blessé », une inspiration encore plus proche de l’inspiration et des préoccupations de Paul Maulpoix. Il va donc exposer une belle série de sculptures en bronze ainsi qu’un buste d’homme réalisé avec des éclats d’obus, commémoration de la Grande Guerre oblige ! Cette oeuvre a une force et une présence communicatives, symbolisant la reconstruction physique et spirituelle d’une « gueule cassée », au-delà de la notion de pays belligérants : les éclats d’obus trouvés sur les champs de bataille sont français, mais aussi allemands ou américains… Pour Maulpoix, c’est une façon de montrer que la souffrance est universelle et qu’elle réunit tous ceux qui ont combattu.

Ensuite, une exposition personnelle dans le Château fort de Sedan va permettre aux collectionneurs de retrouver toutes les formes d’expression du sculpteur à travers des oeuvres en terre, en pierre ou en bronze. A côté d’une trentaine de sculptures il y aura aussi des lithographies venant compléter l’évènement. Enfi n, Paul Maulpoix va exposer au Salon des Artistes Français, sous la nef du Grand Palais, deux sculptures animalières, un cheval et un chien d’environ 40 centimètres chacun.

Paul Maulpoix travaille sur la souffrance de l’homme mais aussi sur celle des animaux. Il cherche à montrer que l’animal comme l’homme recèle au fond de lui-même une émotion face aux événement, face aux aléas de la vie mais aussi face à la méchanceté. C’est peut-être à cause de cette préoccupation que l’artiste n’envisage son travail que basé sur une émotion générant la création: « Ce sont les gens que je rencontre, les événements bons ou mauvais dont je suis témoin qui me nourrissent : le regard triste d’un mendiant, un homme blessé…, tout cela m’oblige à me poser des questions, à aller plus loin que la simple apparence des choses. Nous devons tous savoir oublier notre petit confort, nos petites satisfactions pour aller au-devant des autres et prendre conscience des diffi cultés d’autrui. Ce questionnement est tellement lourd et diffi cile à vivre que de temps en temps, je travaille sur des choses plus légères et moins contraignantes quant au ressenti, comme la nature, les fl eurs ou la beauté féminine. » En écoutant Maulpoix, on perçoit facilement que l’essentiel de son oeuvre est basé sur son ressenti, sur ses émotions face à la vie et à ses composantes, et que le vrai langage de ce sculpteur se cache derrière ce que l’on voit, derrière l’image proposée.

Techniquement, Maulpoix conduit son travail de l’idée jusqu’à la réalisation ultime. En fonction du thème qu’il représente il choisit le matériau qui va lui permettre de traduire le mieux sa volonté artistique. Ainsi, lorsqu’il veut représenter une femme il choisit souvent le marbre noir de Belgique : « Le marbre noir de Belgique est assez diffi cile à travailler, car si l’on n’y prend pas garde, il peut partir en éclats, gâchant ainsi la sculpture, mais je lui trouve une belle sensualité. C’est pourquoi avec ce marbre, il faut avoir une certaine retenue et ne pas avoir de gestes inconsidérés, comme dans une relation amoureuse. » Quant aux oeuvres destinées à être réalisées en bronze, Maulpoix commence par le modelage en terre, puis le moule en élastomère, la fonte, la ciselure et la patine. La fonderie qu’il a installée à côté de son atelier lui permet d’être maître de son travail et ainsi de réaliser ses projets comme il l’entend. Signalons aussi qu’il pratique également la taille directe quand le sujet entrepris est « épidermique » et qu’il nécessite un envol spontané.

Sculpteur dans l’âme, Maulpoix est un artiste complet et, au-delà des modes, il parvient à tenir le cap de l’art fi guratif en proposant un univers spécifi que séduisant de nombreux amateurs et collectionneurs. Ces trois rendez-vous seront des moments de convivialité et d’échanges avec un artiste atypique qui a choisi de travailler à la recherche d’une dimension intérieure et d’une expression sincère dénuée d’esbroufe.