Gustave MOREAU & Georges ROUAULT

UDA - 183 Gustave MOREAU & Georges ROUAULT

Souvenirs d’atelier

Le musée Gustave Moreau nous invite à découvrir l’une des relations pédagogiques les plus fructueuses du XX ème siècle.

Gustave Moreau fut l’un des principaux professeurs de l’École des beaux-arts de Paris. De 1892 à 1897, plusieurs grands noms de la peinture française sont formés dans son atelier, mais c’est selon son propre aveu en Georges Rouault qu’il reconnaît son héritier légitime, à la fois disciple et ami. Les « Souvenirs d’atelier » réunis par le musée Moreau retracent l’histoire de cette filiation artistique. A travers la juxtaposition d’œuvres des deux artistes, une habile scénographie didactique permet de rendre compte des liens étroits, thématiques et esthétiques, qui les unissent.
Mais la démarche de cette exposition devient véritablement remarquable lorsqu’elle ambitionne de réhabiliter Georges Rouault dans son individualité, bien distincte de celle de son illustre maître. Peu avant sa mort en 1958, Georges Rouault est considéré comme l’un des peintres les plus chers du monde, à l’égal de Picasso. Sa disparition marque les esprits comme la fin d’une période artistique qui voit en lui l’ultime héritier du XIXe siècle symboliste et spirituel ; l’Etat lui consacre des funérailles nationales. La postérité présente Rouault comme le principal peintre chrétien de la période contemporaine. Cette orientation religieuse n’est sans doute pas étrangère au recul de sa notoriété posthume au second XX ème siècle, en France tout du moins. Aux États-Unis et en Asie orientale, son héritage demeure au contraire vivace : musées et collectionneurs privés lui font une place de choix sur leurs cimaises et dans leurs entrepôts, où il côtoie sans trembler Braque et Matisse. Il faut cependant penser que si Rouault fut effectivement un fervent chrétien, il le fut plus par humanisme que par dogmatisme. Plusieurs des œuvres présentées par le musée Gustave Moreau sont inédites et permettent d’éclairer son œuvre d’une lumière oubliée, celle de sa sensibilité sociale et de sa compassion pour ceux qui souffrent. Lorsque Rouault peint le visage du Christ, il peint avant tout une face humaine. On découvre ainsi tout un versant délaissé de son œuvre, celle des bagarres de chantiers et d’usines, des prostituées et plus généralement du « petit peuple » auquel Rouault est toujours demeuré intimement attaché. Aujourd’hui plus que jamais, l’œuvre de cet artiste mérite d’être redécouverte et louée à sa juste valeur. Enfin, saluons la publication depuis longtemps attendue de la correspondance artistique de Georges Rouault, admirablement présentée en annexe du catalogue de l’exposition.