Zacchi

UDA - 186 Zacchi

Galerie du Marais

Il est des moments rares dans une carrière d’artiste où l’on peut apercevoir l’homme créateur touché d’un élan épiphanique. Après un demi-siècle de peinture jalonné par nombre d’expositions mémorables, Jean-Marie Zacchi vient peut-être de s’acheminer vers un point culminant de son œuvre.

Né en 1944 de parents corses, Jean-Marie Zacchi voyage enfant à travers le monde pour suivre son père, militaire de carrière. Installé à Paris, le jeune Zacchi tombe sous le charme des arts modernes et contemporains foisonnants dans la capitale et, en particulier, se découvre un goût et une prédisposition pour la peinture. Il apprend alors en suivant la méthode classique d’imitation par l’esquisse d’œuvres maîtresses. En 1962, il est admis à l’École Supérieure des Arts Modernes dont il sort diplômé en 1965, non sans avoir au passage participé pour la première fois au salon de la Société des Artistes Français, marquant ainsi à l’âge de dix-neuf ans son entrée dans le monde de la peinture contemporaine, qu’il ne quittera plus. A sa sortie de l’école, il entame une carrière de décorateur pour de grandes maisons, à commencer par Chanel. Dans le même temps, il travaille à la construction de son écriture, inspiré et encouragé par ses rencontres avec Marc Chagall, Zao Wou-Ki, César, Bernard Buffet ou encore Robert Combas, côtoyant ainsi tout un XXème siècle de liberté et d’invention. Arrivé à maturité, il s’épanouit dans la fusion entre abstraction et figuration qualifiée par de nombreux observateurs de « transposition figurative », mode d’expression participant à l’inscription durable du figuratif dans la nouvelle modernité du XXIème siècle. Mais Jean-Marie Zacchi est aussi un homme de tête, passionné par les enjeux structurant le marché de l’art contemporain et soucieux d’y défendre la probité de l’humain. Il est ainsi tour à tour président du salon Violet, président puis président d’honneur du salon de la Société des artistes français et de l’Association des peintres de l’Armée. Egalement peintre de la Marine, il trouve dans le partage une valeur essentielle de son engagement d’artiste, pendant indispensable de l’activité solitaire du peintre. Grand voyageur et explorateur insatiable des horizons de la culture, Jean-Marie Zacchi est depuis longtemps amoureux de l’Asie orientale d’où il rapporte croquis et gouaches réalisés sur le motif comme un précieux matériau destiné à se mêler à ses recherches. Représenté au Japon par la galerie Sakura-no-ki et venant de vivre une intense exposition à Kuruizawa – ville impériale où l’actuel monarque au chrysanthème prévoit de se retirer avec son épouse après son abdication – Jean-Marie Zacchi est de retour cet automne à Paris afin de retrouver sa galerie de prédilection : la Galerie du Marais. Située place des Vosges, cette dernière est dirigée, avec la collaboration de Cyril Bataille, par Paule-France Luciani qui présente avec succès, depuis une quinzaine d'année, les œuvres de Jean-Marie Zacchi à Paris et à Saint-Malo où elle possède deux autres galeries. Avant de devenir galeriste, Paule-France Luciani a œuvré au rayonnement de la culture française à l'Étranger, notamment à travers des émissions éducatives télévisées. L’artiste et sa galeriste partagent ainsi bien plus que des intérêts : des valeurs et une passion communes. Leur nouvelle exposition est une occasion unique de prendre la mesure de la diversité et de l’originalité des thèmes abordés par Jean-Marie Zacchi. Car cet artiste peintre, fort d’une carrière d’un demi-siècle, est en train, de manière follement déconcertante, de faire voler en éclat les ultimes barrières qui pouvaient encore contingenter son œuvre. Thèmes connus et moins connus – paysages, motifs floraux, natures mortes, portraits, architectures et paysages habités – se trouvent en effet portés par un souffle commun et inexplicablement nouveau. Tout y est plus direct, plus évident, plus pur. Plus musical aussi : comme si la mélodie venait soudainement d’exploser en sonorités inattendues. Tout y semble neuf bien que familier. Transfiguré plus que transformé. Quelque chose se passe aujourd’hui sous les pinceaux de Jean-Marie Zacchi, quelque chose d’imprévisible et de sauvage ; une liberté nouvelle vivifiant jusqu’à la matière de la toile, rendant tout plus vrai, plus viscéral. De ces moments d’état de grâce où même le talent semble devoir s’effacer devant la supériorité d’un flux venu d’ailleurs.