Michael Marciano

Michael Marciano
Michael Marciano

Rencontre avec un marchand d’art qui n’a pas froid aux yeux

La crise, il ne veut pas la connaître, préférant se retrousser les manches pour la combattre. Dans cette période morose, Mickael Marciano, patron des galeries du même nom, vient d’ouvrir successivement, en douze mois, deux espaces d’expositions dans les plus beaux quartiers parisiens. Rencontre avec un homme qui souhaitait se consacrer à la décoration d’intérieur avant de découvrir, par hasard, le monde de l’art qu’il n’a plus quitté depuis vingt-cinq ans. Il apprend le métier en travaillant comme directeur dans une galerie avant de s’installer à son compte à Honfleur, La Rochelle, Arcachon et La Baule. En 1999, il ouvre sa première galerie place des Vosges avant de concentrer son activité dans la capitale avec, en 2002, l’ouverture d’un second espace place des Vosges. Il y a quelques années, il part à la conquête de Marseille, tout en participant à de nombreuses foires et marchés internationaux. Il est aujourd’hui le seul galeriste à posséder trois espaces dans la capitale. Homme de challenge mais aussi travailleur infatigable, présent sept jours sur sept, il a su s’entourer d’artistes qui lui sont fidèles depuis ses débuts. Certains comme Pajot, Teman, Van Khache, sont en exclusivité mondiale.

 

U .D.A. : Pourquoi avoir ouvert Avenue Matignon dans une période aussi incertaine ?
Mickael Marciano : c’est le rêve de tous les marchands d’art de s’installer sur cette avenue mythique. Je cherchais depuis une dizaine d’années mais je voulais un emplacement « number one ». Il n’y avait que deux cents mètres dans cette avenue qui m’intéressaient, avant la rue du Faubourg Saint Honoré et le palace Bristol. C’est le « carré d’or », avec une clientèle internationale, beaucoup de passionnés, de collectionneurs, qui cherchent des œuvres de caractère mais aussi de la photographie. J’ai choisi de défendre des artistes inscrits dans un courant contemporain, notamment des jeunes comme Aurélie Bauer qui permettent aux acheteurs de s’offrir des œuvres prometteuses à une cote raisonnable qui devrait rapidement grimper, jusqu’à des peintres à la réputation établie sur le marché dont les toiles dépassent allégrement la barre des cent mille euros. Cette année passée avenue Matignon est très positive au titre du bilan comme à celui des rencontres. Cela nous a permis d’augmenter positivement notre fichier de clients et ce, à travers le monde.
U.D.A. : Pourquoi, coup sur coup, ouvrir une autre galerie parisienne ?
Michael Marciano : Je cherchais un emplacement sur l’une ou l’autre de ces avenues et cela s’est réalisé presque simultanément. Ce sont des opportunités qu’il faut saisir comme la Galerie Pierre Levy que j’ai pu racheter avenue Matignon. Avec ses vingt-deux ans d’existence, cette galerie s’était taillée une solide réputation internationale sur le marché des maîtres impressionnistes et des post modernes. Ça a été une vraie chance de pouvoir accrocher sur ces cimaises que de nombreux collectionneurs fréquentaient. Il ne faut pas oublier que Paris demeure la première destination touristique au monde. Et je pense qu’elle le restera car nous disposons d’un patrimoine et d’une richesse culturelle que la planète nous envie.
U.D.A. : c’est un véritable challenge ces ouvertures à répétition : qu’est-ce qui vous pousse ?
Mickael Marciano : C’est vrai que les loyers et les achats de fonds sont exorbitants mais la passion me pousse. Malgré la crise, certains domaines comme l’art restent privilégiés en touchant une clientèle de riches hommes d’affaires internationaux, notamment russes, qataris, chinois, mais aussi de nouveaux collectionneurs en provenance des pays émergents. Sans oublier une clientèle française qui me suit depuis vingt ans et qui ne baisse pas les bras. Leur pouvoir d’achat s’est érodé mais ils préfèrent souvent acheter moins, pour acheter mieux. Et ils répondent présents aux nombreuses expositions que nous organisons. Certes la période est tendue et demande d’être très vigilant mais je refuse de m’associer à la sinistrose qui règne dans notre pays. Je considère qu’il faut demeurer optimiste et avancer !
U.D.A. : C’est bientôt l’inauguration de la rue de Rivoli ?
Mickael Marciano : le 4 décembre, cela représente toujours énormément d’émotion une ouverture ! Et je suis heureux de pouvoir présenter des artistes contemporains sur une surface de deux cents mètres carrés de plein-pied, juste en face du Louvre, à proximité des Grands Hôtels et attenant au Régina, qui est un lieu mythique très prisé de la clientèle américaine. C’est un emplacement exceptionnel.
U.D.A. : Existe-t-il une méthode Marciano ?
Mickael Marciano : du travail, encore du travail et beaucoup de passion. Et des artistes d’exception mais aussi de jeunes talents que nous allons débusquer dans les foires et les salons, en France comme à l’étranger. Des emplacements de premier ordre qui permettent d’attirer une clientèle de passage qui n’est pas forcément habituée à fréquenter les galeries. Et la volonté de travailler avec la porte ouverte en s’adressant à tous les budgets, toutes clientèles confondues. Afin de promouvoir un talent artistique toujours présent. Il suffit de le dénicher !
U.D.A. : Quelles sont les tendances du marché ?
Mickael Marciano : ces dernières années, l’art figuratif est malmené par les nouvelles tendances de l’art contemporain mais il conservera sa place. Il y a un effet de mode mais je pense que l’on reviendra aux professionnels capables de respecter une certaine tradition artistique. Aujourd’hui, tout le monde peut se considérer artiste. Il est difficile de faire la part des choses, tant il y a de prétendants, notamment des artistes qui se contentent de répéter ce qu’ils voient sur les cimaises. Ce n’est pas toujours facile de séparer le bon grain de l’ivraie et c’est précisément ce service que nous rendons aux acheteurs à travers notre sélection d’artistes contemporains. Je considère que c’est le travail du galeriste de débusquer des valeurs sûres et de réels talents.
A la différence, le figuratif nécessite d’avoir un don mais aussi d’apprendre le métier avant de pouvoir trouver sa propre écriture. Il y a depuis quelques mois un frémissement qui annonce de belles heures à l’art Ä guratif. Il sufÄ t de regarder les grandes ventes aux enchères pour se convaincre que l’art Ä guratif reste très apprécié du marché. Je crois à son retour ! Depuis une dizaine d’années, nous assistons à un engouement pour la sculpture qui représente près de 50% de nos ventes. C’était loin d’être le cas auparavant. Cette démocratisation est à mettre à l’actif de sa modernisation mais aussi à une problématique d’espace plus terre à terre car pour les amateurs qui ont déjà de nombreux tableaux, il est plus facile de trouver une place pour une sculpture
U.D.A. : Pourquoi centrer votre activité sur Paris ?
Mickael Marciano : La réputation de Paris s’est étiolée par rapport au milieu du siècle passé mais elle est loin d’être éteinte. Les foires internationales et les expositions de prestige de nos musées attirent un nombre croissant de visiteurs. C’est un signe de la vitalité artistique de notre capitale. L’installation récente de jeunes galeristes entre la rue du faubourg Saint Honoré et l’avenue Matignon est en train de redynamiser l’ensemble de la vie artistique parisienne. Alors plutôt que de choisir d’autres horizons, je préfère privilégier une proximité avec mes clients. Avec la place des Vosges, rue de Rivoli et l’avenue Matignon, je dispose de trois emplacements stratégiques dans la capitale qui m’offrent la possibilité de faire visiter aux collectionneurs, trois univers différents. Et je suis très satisfait de pouvoir aujourd’hui disposer de quatre cents mètres carrés d’exposition dans les plus beaux quartiers de Paris qui me permettent, avec mes douze collaborateurs, de pouvoir exposer une cinquantaine d’artistes.

Antoine DUFHILO, Bugatti Atlantic, inox & aluminium, 76 x 33 x 20 cm