Numéro 172 - Janvier/Février 2014

street

Edito

La sculpture a toujours eu un statut à part dans le panel des arts plastiques. La renaissance italienne en fut bien embarrassée dans ses tentatives de hiérarchisation des arts, notamment lorsqu’il s’agit de confronter peinture et sculpture et d’en déterminer la championne.

Parce qu’elle était tributaire de techniques rappelant l’artisanat, la sculpture aura parfois été regardée avec mépris par les peintres. Ceci n’empêcha pas quelques sculpteurs de génie tels Donatello, ou Michel-Ange – qui défendait les deux – de faire conÄ ner leur art à la prouesse magique, et de renvoyer cette querelle interdisciplinaire à un statu quo… Aujourd’hui comme de tous temps, la sculpture utilise pour se construire les nombreux matériaux du réel mis à sa disposition, qu’ils soient naturels ou produits de la main de l’homme. Ceci en fait incontestablement aux yeux des contemporains un reÅ et brut de son temps, par essence une sorte de synthèse technique du quotidien de l’être humain.

En ce sens, les mouvements de création sculpturale reposant sur les principes de la récupération industrielle ou technologique, comptent parmi les dynamiques artistiques les plus en adéquation avec le monde qui les fait naître, et en même temps les plus imaginatives et les plus subversives, au sens noble du terme : la sculpture est une émergence d’un réel dans le réel, par le réel et pour le réel… parfois contre. Ceci fait du sculpteur, naturellement et parfois malgré soi, l’un des premiers chantres de l’art témoin de son temps, prophète éclairé du futur.