Numéro 174 - mai-juin 2014

street

Edito

 

Le statut d’artiste.

 

Le statut d’artiste est une notion qui a beaucoup fl uctué à travers les âges. Il a parcouru tout le spectre de la respectabilité, tantôt glorifié, tantôt marginalisé. On pense au trésor vivant qu’a reconnu la couronne de France chez Léonard de Vinci et au devoir que se firent les princes d’Europe de soutenir financièrement des artistes, ces relais du beau, du politique et du divin.

 

On pense aussi à la honte sociale qui frappa les génies de la fin du XIXe siècle, admirablement décrite par Thomas Mann en train de se débattre avec sa condition d’artiste, solitaire et forcément incompris. On pense enfin à la glorification médiatique des artistes provocateurs de la fin du XXe siècle, ces contestataires d’une société qui pourtant fit leur fortune.

 

Entre fierté et honte, admiration et haine, le statut d’artiste est un concept qui n’a jamais cessé de faire l’objet de convoitise. Obtenir publiquement ce statut est un bien des plus précieux. Mais comment doit-on l’obtenir ? Faut-il le recevoir de l’extérieur (d’une caste de connaisseurs, de ses pairs artistes, du public en général) ? Ou bien est-ce un état qui n’a de légitimité d’attribution que celle que l’on se donne à soi ?

 

L’actuelle difficulté à trancher ces questions montre qu’aux sources des débats agitant l’art contemporain, l’artiste lui-même est un être fl ou au sein de notre société. L’effacement progressif de toutes ses limites au cours des deux derniers siècles lui a offert une liberté sans égale. La chance de sa vie. Mais à force d’en effacer les contours, n’a-t-il pas perdu jusqu’à sa consistance ?