Numéro 176 - OCTOBBRE / NOVEMBRE 2014

street

Edito

 

L’art ou l’artiste ?

 

Défendre l’Art est aujourd’hui devenu un motif universel des discours politiques et culturels, parfois même économiques. Dans ces discours, on s’aperçoit souvent que l’Art est traité comme une réalité abstraite, sorte d’entité existant par elle-même, pour ellemême, un peu comme un plan de réalité à part, doué de sa propre volonté et se mouvant comme s’écoule un cours d’eau : naturellement, presque de manière mystique.

Favoriser l’Art revient alors la plupart du temps à lui octroyer des espaces plus larges et plus nombreux, comme s’il allait d’un coup remplir ces nouveaux espaces et, en augmentant de volume, devenir plus fort. Si cette démarche n’est évidemment ni absurde ni mauvaise en soi – avoir plus de place nuit rarement –, on constate que quelque chose lui manque pour fonctionner : l’artiste. Car loin de n’être qu’un vecteur du cours ésotérique de l’Art, l’artiste est avant tout un être humain qui doit vivre au quotidien, payer ses factures et se sentir respecté et valorisé pour son travail. Lui donner un espace d’expression ne doit pas faire oublier qu’une fois l’exposition terminée, l’artiste doit rentrer chez lui et se remettre face à ses oeuvres dans son atelier ; et en l’absence de ventes suffi santes, gagner sa vie.

Défendre l’Art devrait toujours reposer sur la protection des artistes qui ne sont pas des travailleurs différents des autres et dont l’activité est conditionnée par les mêmes lois. La sécurité de l’emploi en moins. Reconnaître ce fait est indispensable si l’on veut offrir à l’artiste l’aide que les discours offi ciels se targuent de lui apporter, et ainsi faire de l’artiste le principal acteur et décideur de son domaine d’activité – non son assisté.