Numéro 177 - Décembre 2014 - Janvier/Février 2015

street

Edito

 

 

Travailler dans le monde de l’art lorsque l’on n’est pas artiste soi-même, voici une idée bien étrange.
Quand Univers des arts a vu le jour il y a très exactement vingt ans, son but était extrêmement simple : soutenir et promouvoir des artistes qui en avaient besoin, en l’occurrence des artistes plasticiens, peintres et sculpteurs de mouvance dite figurative, qui souffraient à l’époque d’une flagrante carence en matière de couverture médiatique.

Son idée d’origine n’était pas simplement de défendre l’art comme un idéal abstrait, ni même une idée particulière de ce que devaient être les artistes, mais bien de défendre ces derniers pour ce qu’ils étaient, pour leur qualités humaines et, surtout, parce qu’ils le méritaient, indépendamment de leurs convictions esthétiques ou idéologiques. Tout bonnement en tant qu’êtres humains cherchant un moyen d’accéder à une existence publique et ne la trouvant pas faute d’oreille attentive.

Car cela ne sert à rien de soutenir un idéal si l’on n’est pas prêt à se mettre soi-même tout entier au service de ceux qui en sont les premiers enquêteurs.
Soutenir l’artiste dans les difficultés de sa vie quotidienne afin de mieux l’aider à affronter l’épreuve de la création, de ses doutes et de ses souffrances, est le plus bel acte d’amour envers l’art que l’on puisse imaginer, bien supérieur à tous les beaux discours qui viennent s’épancher loin de la réalité.

C’est pourquoi les structures principalement fondées sur l’entraide entre artistes sont, au fond, souvent les plus pertinentes et les plus efficaces, alors même qu’elles ne sont pas financièrement les plus importantes. Cela ne signifie évidemment pas que les moyens financiers sont inutiles en ce domaine – dans celui-ci comme dans tous les autres, l’argent demeure le nerf de la guerre –, mais le financier qui n’est pas associé à l’humain est voué, la plupart du temps, à manquer sa cible. En la matière, on ne peut que penser à l’exemple donné par la Fondation Taylor, association maintes fois saluée pour son efficacité et apportant sur la base de l’entraide un soutien plus que pertinent à des artistes de tous horizons. Grâce à ce type d’entreprise, les artistes se voient, chose exceptionnelle, confier les rênes de leur propre destinée. C’est au service de cette idée qu’il faut oeuvrer.