Numéro 178 - Mars - Avril 2015

street

Edito

 

L'artiste professionnel

 

Qu'est-ce qu'un artiste professionnel Le terme professionnel a quelque chose d'étrange, superflu, voire antinomique lorsqu'il succède celui d'artiste.


Néanmoins cet adjectif semble faire l'objet d'une quête débutant bien souvent à l'époque du choix de la formation par les futurs étudiants en art. C'est ce moment où, quittant l'aspiration à l'absolu l'artiste décide — ou non — de se confronter d'autres réalités que celles de la pure création, en premier lieu desquelles la quête de reconnaissance sociale et financière. La professionnalisation apparait dès lors comme une nécessité pratique, versant réaliste de a voie artistique. Rare sont ceux qui revendiquent à l'inverse un total détachement des choses du matériel pour ne mettre en avant qu'un devenir fondé Sur la réalisation de soi dans a création, démarche exclusive et jalouse reléguant l'idée même de professionnalisme au rang de compromission.


Car faire de son activité artistique le centre de son existence est loin de faire l'artiste professionnel, bien au contraire. Paradoxalement, les artistes les plus exclusifs sont aussi souvent ceux qui refusent le plus catégoriquement de se voir attribuer le Statut de professionnel, soit par conviction idéologique, soit par simple humilité. Pour ceux-là, l'art n'est pas un métier mais plutôt un paradigme existentiel, Il s'agit pourtant d'une position difficile à tenir face aux exigences du monde. L'immense majorité des artistes vivant de leur art revendiquent au contraire leur statut de professionnels, insistant sur le fait qu'ils pratiquent un métier au sens classique du terme et ce faisant, rappelant les difficultés courantes qu'ils y rencontrent et qui les obligent dans de nombreux cas à vivre de leur compétences artistiques davantage que de leur art lui-même. En effet, combien d'artistes de renom ont durant une partie si ce n'est la quasi-totalité de leur vie dû subvenir à leurs besoins en dispensant des cours ou en honorant des commandes qui, bien que mettant à l'honneur leur compétences d'artiste, n'étaient pas à même de satisfaire leurs aspirations créatrices ?


Il y a ainsi dans la notion d'artiste professionnel une dimension sacrificielle. Non pas celle que l'on se donne au nom du don inconditionnel de soi l'art, mais celle qu'impose tout simplement la confrontation au réel. En ce sens, l'artiste professionnel n'est rien d'autre que celui qui, indépendamment de son rapport au monde, accepte d'en faire partie. Le sacrifice qu'il consent en ne se soustrayant pas à l'humanité ne devrait donc pas être vécu comme une défaite mais plutôt comme une blessure fondatrice. C'est cette mise au monde, douloureusement réitérée chaque jour, qui fait l'artiste de profession.
Pour celui-ci, la vraie défaite c'est l'amateurisme