Numéro 179 - Mai - Juin 2015

Magazine Univers Des Arts - 179 - Eric Lecam - Couverture

Edito

 

Acheter l’art

 

Préoccupation partagée sous ses différents aspects par la totalité des acteurs du monde de l’art, l’achat d’oeuvres en est de loin l’action la plus structurante. Autour d’elle se presse et se développe l’ensemble des dynamiques menant l’artiste à pouvoir faire de la création l’essentiel de sa vie. Il ne faut jamais oublier que dans le domaine des arts plastiques, demeurant pour une bonne part tributaires de matériaux traditionnels, le simple fait de produire une oeuvre a un coût non-négligeable pour les professionnels réalisant souvent plusieurs dizaines d’oeuvres sur une année calendaire pleine. Il faut ajouter à cela les nombreux frais inhérents au transport et à l’exposition des oeuvres, parfois significatifs et devant être réitérés régulièrement tout au long de l’année. Enfin, l’artiste professionnel est comme tout travailleur soumis à taxes et impôts. Produire l’art et le faire parvenir physiquement jusqu’au public a par conséquent un coût réel et très souvent irréductible en-deçà d’une limite d’efficacité autorisant la qualité des oeuvres et de leur exposition. Autour de l’artiste s’articule un monde d’acteurs divers, en particulier commerciaux, qui sont tout aussi dépendants des revenus générés par l’artiste que nécessaires à son existence publique.

 

Mais dans un monde de l’art relativement opacifié, à la couverture médiatique inégale, choisir d’acheter une oeuvre d’art revient souvent à faire acte de foi ou de passion, difficilement justifiable rationnellement en dehors de poncifs dédiés à la gloire de la Culture. Pourtant, acheter une oeuvre devrait pouvoir être présenté comme un investissement logique puisqu’englobant de nombreux aspects de la vie économique.

 

Chaque oeuvre est avant tout un objet artisanal unique faisant partie d’un tout original. Elle est par conséquent un élément de décoration sans équivalent qui n’a jamais cessé depuis l’antiquité d’affirmer sa suprématie dans les demeures des plus riches comme des plus modestes. Elle est un placement financier qui, acheté du vivant de l’artiste, promet en théorie d’aller inexorablement vers la raréfaction puisque vouée à la cessation de production. Ici, le pari pour l’avenir apparaît, avec tous ses aléas. Perdu dans ses nombreuses interrogations, le public acheteur ne sait bien souvent plus à quoi se fier pour justifier raisonnablement son choix. Une seule notion peut alors intervenir : l’originalité. Puisque la valeur objective d’une oeuvre dépend de son unicité, c’est son caractère inédit qui doit prévaloir sur le marché. Voilà pourquoi ce qui fait la valeur d’un artiste ne peut être que son individualité.