Numéro 182 - Hiver 2016

UDA 182

Edito

 

« L’art est rassembleur »

Cette formule toute faite s’entend souvent dans les médias. Comme si l’art avait le pouvoir de faire sauter les barrières et d’apaiser les conflits entre les hommes. Ceci est peut-être vrai lorsque l’on pense au rôle que certaines oeuvres peuvent jouer dans le processus d’unification des territoires ou dans l’acquisition de l’opinion publique à des causes pacifistes. Même si des contre-exemples peuvent être évoqués à son encontre, l’image est suffisamment positive pour donner envie de s’y accrocher. Mais peut-on l’appliquer au monde de l’art ? De nos jours, il n’y a pas d'exposition qui ne suscite de différends entre ses observateurs, organisateurs et participants. Les institutions ne lassent jamais leurs détracteurs d’opposer leurs vues sur le système, ses ratés et ses tares, curables ou non. L’immense majorité des artistes plasticiens a d’ailleurs une bien étrange tendance – le plus souvent contre-productive– à définir drastiquement les limites de son cercle d’acceptabilité. Il faut croire que le conflit qui anime la plupart des créateurs, entre leur univers intérieur et l’obligation de composer avec les contingences de leur environnement, provoque naturellement ce genre de paradoxe. Quelques artistes comme Pascal Vinardel parviennent à le dompter pourtant, en choisissant de demeurer exclusivement fidèles à eux-mêmes sans faire entrer en collision leur soi avec le reste du monde ; une posture de sagesse bien rare qu’il convient de faire reconnaître à sa juste valeur. A l’heure où un sentiment d’urgence est palpable dans le monde des Beaux-arts contemporains et où la peur de l’avenir entraîne l’éclatement de nombreux vecteurs de cohésion, la nébuleuse artistique semble fort délétère. A l’approche de la tenue annuelle des grands salons historiques, serait-il cependant possible d'abandonner la méfiance pour laisser libre cours à une passion commune ? Prendre le monde tel qu’il est et comme il vient n’est pas forcément une marque de faiblesse ou de soumission. Apprécier, même lorsque l’on n’est pas d’accord, n’est pas un signe de stupidité, et aimer malgré l’incertitude s’avère souvent moins dommageable qu’il n’y paraît. Il serait simple de faire en sorte que l’art soit effectivement rassembleur, ne serait-ce qu'un court moment. Qu'il ne s'agisse là que d'une illusion : elle aura du moins été belle.

 

A retrouver dans le Magazine :

Bongrand - Académie Boitiat - Pensée sur l'art contemporain - Ra'anan Lévy - Les peintres de Paris - Philippe Lejeune - L'autre visage : de Tal Coat à Neumann - Pascal Vinardel - Entretien avec Lee Jong-Soo - Artistes coréens en France - Geneviève Dolle - Alain Bonnefoit - Christine Debeurme - Monique Journod - Julie Roussin-Bouchard - Williams Raynaud - Amina Ighra - Edouard Hervé - Antoinette Nicolini - Christian Ruhaut - Latrace - Raffi - Nina Tescar - Le Salon des Artistes Français - Le Salon Comparaisons - Libellule - Le Salon du Dessin et de la Peinture à l'eau - 29ème Salon International de Paris - Ormesson - Salon International Passion Peinture Zillisheim - 34ème Salon d'Automne International de Lunéville - Salon de Clairac - Salon de Ernée. -