Numéro 182 - Hiver 2016

UDA 182

Edito

 

Il est toujours délicat de prétendre attacher à l’art une fonction précise, surtout dans une visée positiviste désireuse de démontrer scientifiquement ses effets sur le monde et sur les hommes. Les raisonnements abstraits à la gloire de l’art-culture et de la créativité-vertu sont trop nombreux, trop galvaudés et trop déconnectés des réalités vécues au quotidien par les hommes pour être encore pris au sérieux. Dans un contexte où la violence guerrière fait une douloureuse réapparition dans nos vies, le recours à ces poncifs médiatiques sur l’utilité sociale, politique ou spirituelle de l’art, semble plus vain que jamais. Pourtant, puisque l’art existe et qu’il se trouve à portée de main, il est plus que légitime de s’interroger sur ce qu’il nous offre, ou du moins sur ce que nous souhaitons y trouver. Au départ de la conception contemporaine de l’art se tient l’idée de création : la capacité de mettre au monde quelque chose qui ne serait pas si on ne lui avait pas donné une forme. L’art naît d’abord d’une envie de faire exister quelque chose qui n’existe pas en dehors de soi. Qu’il s’agisse d’un élan prométhéen, purement gratuit, ou à l’opposé, d’un projet d’édification motivé et justifié par la raison, cela ne change en rien la nature de l’art qui est toujours l’irruption dans le réel d’un objet qui ne s’y trouverait pas sans notre volonté. En ce sens, l’art est issu de ce qu’il y a de plus caractéristique en l’homme : son désir de vie qui va au-delà de sa propre existence, un rêve d’engendrement derrière lequel l’individu lui-même doit finir par s’effacer. L’art est à la fois un acharnement et un renoncement à la vie. Si l’on veut trouver une fonction utile à l’art, en voici donc une : face au flot d’activités destructrices que l’humanité met en oeuvre pour devenir, comme le dit Montesquieu « cet animal terrible qui ne sent sa liberté que lorsqu’il déchire et qu’il dévore », l’art est au contraire une manifestation de l’espoir de voir réparés, recollés, soignés les blessures qui nous font souffrir, les maux qui nous font pleurer.

 

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