Numéro 185 - Eté 2016

UDA 184

Edito

 

« C’est étrange. Lorsqu’une pensée vous hante, on la voit s’exprimer partout, on en sent même l’odeur dans le vent, dans le fixatif, dans les effluves du printemps, n’est-ce pas ?... Maudit soit le printemps !... C’est la plus affreuse des saisons. Pouvez-vous concevoir une idée raisonnable,… pouvez-vous travailler calmement à aiguiser le plus petit trait, à obtenir le moindre effet, quand tout votre sang fourmille d’une façon indécente, et qu’une masse de sensations déplacées vous agitent, qui, sitôt que vous les scrutez, se révèlent complètement vulgaires et inutilisables ? » Thomas Mann, Tonio Kröger, IV

Les artistes semblent avoir toujours entretenu des relations conflictuelles et contradictoires avec le printemps. Tantôt image célébrée de l’immortalité recherchée par l’humanité dans l’art, tantôt moment de confrontation insupportable à l’éphémère et au futile, le printemps rompt le rêve d’abolition du temps que favorise la nuit hivernale. Inexorablement, le vivant y triomphe de la torpeur où seuls règnent l'esprit et l'imagination. Mais que l’on considère que l’acte de création doive ignorer la vie pour être total ou qu’au contraire on le veuille indexé sur celle-ci, il serait dommage, à l’heure où la nature s’éveille et après tant de tristes épreuves, de ne penser qu’aux affres de l’engendrement artistique et d’en oublier de vivre.