Numéro 197 - Automne 2019

UDA 195

Edito

 

On attribue souvent à l’art la capacité de rapprocher, de rassembler la diversité humaine, de dépasser les différences entre les hommes et les peuples, de transcender les frontières… D’un autre côté, notre civilisation contemporaine exalte l’acte de créer comme le produit exclusif d’une individualité. C’est là un paradoxe que de mettre ainsi en tension l’universel et l’individuel, qui ne sont pas des notions équivalentes, et de donner à l’une la solution de l’autre. Tout se passe comme si l’individu, une fois débarrassé de tout ce qui n’est pas soi, devenait soudainement quelque chose qui n’est pas lui. La question que l’on peut se poser dès lors que l’on s’interroge sur la nature de l’oeuvre d’art, est de savoir si l’on doit y chercher en premier lieu l’individualité, celle-ci ouvrant possiblement sur de l’universel, ou bien si l’on doit plutôt y rechercher les signes de l’universalité, ceux-ci permettant d’appréhender les secrets de la personne-créateur, de sa présence dans l’oeuvre et, par extension, de son empreinte sur l’humanité en tant qu’idéal. Ce sont là deux approches radicalement opposées de l’art. Mais la question prend une autre tournure lorsqu’à un niveau plus prosaïque, on s’intéresse à la rencontre avec un art étranger, issu d’une civilisation ou d’une aire culturelle radicalement différente de celle du spectateur. Que voit réellement celui ou celle qui se reconnaît dans une oeuvre venue d’ailleurs, venue d’un autre ? Se contente-t-elle de projeter sa propre individualité sur l’oeuvre en la confondant avec un idéal d’universalité fantasmé ? Y a-til rencontre immédiate, échange, entre l’individu-spectateur et l’individu-créateur à travers l’oeuvre ? Ou bien s’opère-t-il une sorte de transition de l’individuel vers l’universel, la magie de l’oeuvre étant de faire advenir cet idéal au sein du réel ? Cette question ne saurait être tranchée de la sorte, surtout pas de manière exhaustive, mais elle a le mérite de mener le public à s’interroger sur son rapport à l’autre : devant le sentiment de familiarité déroutante que nous éprouvons parfois face à l’étranger, voulons-nous être de ceux qui se l’approprient afin d’éprouver la satisfaction de s’y refléter, au risque de le confisquer et de le dénaturer, ou bien avons-nous le courage de nous perdre en lui pour y découvrir, peutêtre, une part manquante de nous-mêmes ? En cela, et à défaut de nécessairement soulever des barrières, l’art permet au moins à l’individu qui le souhaite de lever l’ambiguïté de son propre rapport au reste de l’humanité, par conséquent à lui-même et au sens qu’il donne à ce qu’il croit être sa place dans le monde qui est le sien. Prendre le temps de se heurter à l’oeuvre venue d’ailleurs en admettant ne pas savoir ce qu’on y cherche, c’est accepter de se retrouver seul face à soi et au problème insoluble de la nature humaine, si commune, si unique.

 

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